Brouillon Neutre

Mouhet Brénicy présente…

Le Misanthrope

Un très long silence, de plusieurs mois, une écoute rigoureuse et attentive de l'album de Josman mais en parallèle une question, tournant en boucle, une remise en question, quant à la nécessité de ces chroniques, de mon opinion, de mon avis. Je n'aime pas ce titre, « brouillon neutre », je le trouve petit-bourgeois, pompeux, pédant, reflet en somme de ce que je suis. Je n'aime pas l'exercice de la chronique, ni celle de la critique, toujours l'impression de lire des frustrés maniant une langue incertaine et vulgaire mise au service de la destruction ou de l’encensement d'une œuvre qui souvent n'est pas lue ou écoutée à sa juste valeur mais déformée par le prisme de celle ou celui qui se plie à l'exercice capricieux de dire « ce qu'on en a pensé ».

Dégoût de moi-même, dégoût de mon propre désir initial, dégoût de ma médiocrité.

J'ai tourné autour de cet album comme une mouche tourne autour d'un pot de miel, et j'ai fini par m'y engluer totalement. Je rejette avec violence l'exercice critique alors que j'ai moi même décidé de m'y confronter. Qui suis-je pour parler de musique ? Je ne suis ni un musicologue, ni un théoricien, ni un musicien. Je n'ai comme connaissance que mon expérience d'auditeur, et cette expérience est tronquée par les diverses lectures des critiques que je dis détester. Paradoxe.

Il faudrait peut-être que je parle de l'album maintenant. Que j'arrête de faire toujours les même introductions où je me flagelle avant de bâcler la fin du papier, que j'arrête de noircir la page uniquement pour me donner bonne conscience.

Écrire sur internet (bien que ce site ai probablement peu de visiteurs) me terrifie. Je l'ai déjà dit. Je me répète. Je crois. C'est se confronter, en plus de son auto-censure (qui est déjà bien suffisante à combattre) à la censure d'une armée de zombies ou marcheurs blancs (peu importe) qui pullulent sur la toile. C'est se confronter aux regards, aux critiques, aux insultes, aux trolls... D'avoir ça en tête rend cet exercice douloureux. Et pourtant je le répète à chacun de mes brouillons : ce ne sont que des brouillons, qu'un regard, subjectif. Je m'aperçois au fur et à mesure de ces brouillons que je suis mon principal ennemi : « Le plus grand combat est contre soi-même » sous-titre de l'album Jihad de Médine.

Que s'est-il passé depuis que j'ai reçu cet album ? La préparation de l'octogone de Booba et Kaaris, la sortie de Deux Frères, de Chocolat, d'une Mixtape de Vald, d'Igor...

Stop.

JOSMAN – JO$

Chronique 6 – Le misanthrope – Il y a un faux contacte sur la prise jack de mon téléphone, mon casque ne fonctionne plus, je ne peux plus écouter de musique, et je n'ai pas les moyens de m'acheter des écouteurs.

Je n'ai pas écrit depuis un long moment, à propos de musique, à propos de Josman, j'ai écouté l'album sans écrire une ligne.

*

Mon approche est avant tout visuelle (je crois que j'ai déjà dit ça quelque part, ce retour est vraiment douloureux, comme un réveil après un black-out) – La pochette de JO$ est magnifique, orange, ça transpire la Weed, en témoigne l'énorme dragon que Josman a aux lèvres.

*

En plus de l'influence de l'esthétique de la pochette (influence idiote dont j'essaie tant bien que mal de me défaire), je suis avant tout sensible aux Prods (quand il s'agit de rap) – ça aussi je l'ai déjà dit.

*

L'album de Josman est excellent. Je le trouve excellent. Ça me fait en effet penser à MC Solaar et Jimmy Jay. l'a Il y a certains sons que l'on écoute, que l'on suce comme des bonbons et qui nous dégoûtent rapidement. Cet album ne fait pas parti de ceux-là.

*

Je retiens de cet album les excellents Loto, DLVrai, Un zder, un thé, Ce soir j’achèterai un flash.

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C'est un album solaire (noir par instant mais rien à voir avec la noirceur d'un VII ou d'un 404Billy) où Josman est seul dans son délire. Pas d'insultes ou de provoques à l'encontre d'autres MC, des références discrètes, à Kekra, à Vald, mais ça s'arrête là.

*

Beaucoup d'humour, de la virtuosité, du romantisme.

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Josman ne rime pas à propos de la Bikrave mais de sa consommation. Consommation excessive, pour s’anesthésier, pour oublier le monde dans lequel il évolue. Il s'amuse dans certains titres à enchaîner les punchlines (Fucked up 3), dans d'autres à aborder des thèmes plus introspectifs (Ce soir j'achèterai un flash), et s'improvise aussi lover (J'aime bien! Ou XS)

*

Décomplexé, comme le rap, qui s'affranchit de codes qui lui colle à la peau, ceux de la streetzerh, Josman flirte avec la pop, avec l'autotune, n'hésite pas à faire des morceaux avec refrains, d'autres plus courts et incisifs.

*

À force de l'écouter (je ne sais plus quand j'ai reçu cet album, mais il me semble que c'était en Novembre) JO$ s'est révélé un excellent album, construit, complexe. C'est une vraie découverte, d'un rapeur exigeant, dont j'attend le prochain LP avec impatience.

Mao II

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07/09/2018

Premier artiste que je connais un peu. Un peu. Je ne connais pas bien Kanye West. J’ai découvert cet été en écoutant YE. Ce qui change des autres chroniques, c’est que j’ai reçu The Life of Pablo avec une petite introduction. On m’explique la démarche de l’artiste avec cet album et j’ai l’année de sortie : 2016.

Je trouve l’exercice critique ridicule. D’ailleurs la critique à proprement parler me semble morte. Je dis cela sans preuve, je me base simplement sur ce que je peux lire dans les quotidiens, hebdomadaires, mensuels… Généralement le journaliste ne fait que me renseigner sur l’artiste (nom du label, année de sortie, etc.) et tout l’exercice consiste à paraphraser vulgairement l’oeuvre… Il n’y a plus de subjectivité, parfois il suffit d’ouvrir le dossier artistique de l’oeuvre (pour une pièce de théâtre par exemple) pour voir que le journaliste n’a fait qu’un copier coller du propos de l’artiste. Bref.

Écrire sur un album sorti en 2016 n’a aucun sens. D’ailleurs la façon dont je m’y prends n’a pas de sens non plus. Je trouve cela amusant. Actuellement je suis dans un TGV. Dans les oreilles je n’ai pas The Life of Pablo. Mais « I Wonder » tiré de l’album Graduation. Le lien que l’on m’a envoyé pour écouter The Life of Pablo m’empêche d’ouvrir une autre fenêtre sur mon téléphone. Impossible de lire les paroles sur Rap Genius donc.

J’ai téléchargé la version d’essai de Youtube Music début août. Je voulais écouter l’album The Life of Pablo. Mais The Life of Pablo n’est pas disponible dans le format album sur Youtube Music. Mon écoute d’aujourd’hui est donc fractionnée, j’écoute les morceaux dans le désordre, et très souvent l’application lance le morceau d’un autre artiste.

Je relis le paragraphe d’au dessus. 2016… Nous sommes en 2018. Finalement l’album est plutôt récent. Je n’avais pas percuté. Deux ans.

Première écoute sérieuse donc. Avec les paroles sous les yeux. Et en écrivant.

L’album m’apparait justement comme un ensemble de fragments. Les morceaux sont nombreux, courts, et malgré mon niveau infâme en anglais j’ai l’impression que Kanye West passe du coq à l’âne entre les morceaux I HATE BEEING BI-POLAR / IT’S AWSOME (Kanye West) I’M A FUCKING WALKING PARADOX / NO I’M NOT (Tyler the Creator) J’ai l’impression qu’il y a déjà de ça dans The Life of Pablo.

QUESTIONS -

1 The Life of Pablo est-il un album concept type Opéra Rock qui raconte l’histoire de Pablo?

2 Est-ce Pablo Picasso?

J’adore les sample de Kanye West J’adore les sample de Saint Pablo QUE DU SAMPLE QUE DU SAMPLE Rien à foutre du texte

SAINT PABLO ÉCOUTEZ SAINT PABLO ÉCOUTEZ LES SAMPLE DE SAINT PABLO

04/11/18

Encore une fois j’ai laissé traîné cet exercice que je me suis imposé. Je veux dire - Je n’ai pas beaucoup écrit. Bon. Il faudrait que j’arrête de le répéter de chroniques en chroniques. Si il y a des lecteurs (au moins y en a-il un) ils vont finir par se lasser.

J’ai écouté la version de The Life of Pablo disponible sur Spotify. Qui n’est pas la même que celle que j’ai reçu par mail.

Ce soir j’écoute l’album dans sa version originale.

Je suis tiraillé entre analyser les lyrics, et parler de l’album dans son ensemble. Je ne suis vraiment pas bon en anglais. Je crois que me lancer dans une grande analyse serait de la supercherie. Mais rien ne m’empêche de parler de ce que je crois comprendre.

Je me suis vraiment attaché à cet album. Les prods sont incroyables. Dans "Low Lights", j’ai l’impression d’écouter le mix d’un DJ de House, à cause de cet échos dans la voix de Kelly Price. Tout l’album est traversé par des influences multiples.

Je me suis en pause dans la rédaction de ces petites chroniques. J’ai reçu l’album en août. Quand j’ai commencé à écrire pour ce site, je n’écoutais pratiquement plus de musique. Écrire sur des albums précis m’a poussé à télécharger des applications pour écouter de la musique en Streaming. Plus besoin d’Itunes. Depuis un mois, j’utilise Spotify. J’ai écouté en septembre et en octobre énormément de Rap français. Des artistes que je ne connaissais pas, comme Kekra, SCH, Josman… The Life of Pablo sonne comme une annonce. L’annonce d’un renouveau dans le rap. La fin des prods ultra violentes, le début d’une ère chantante… Le rap devient Pop. Le rap pénètre l’oreille du bourgeois. LE RAP EST MORT VIVE LE RAP.

Je suis fasciné par la pochette de cet album. Généralement les pochettes des albums me fascinent. Les pochettes, inconsciemment, jouent un rôle dans ma réception de l’album. Cette pochette est orange. L’album est acidulé. Je trouve. Peut-être à cause de tous les invités qu'il y a sur l’album. Je ne sais pas quoi dire de plus.

À part peut-être que : J’ai l’impression que cet album est empreint de spiritualité: En témoigne Ultra Ultralight Beam en ouverture de l’album. Je me demande toujours qui est ce Pablo: Est-ce Picasso? Escobar? J’ai cruellement eu l’envie d’aller me renseigner, de lire des chroniques sur cet album aussi fleuve et colossal. Je suis à peu près sûr de passer à côté de beaucoup de choses que je n’ai pas compris. Fuck, ça fait partie du jeu.

QUESTIONS

1 Dans Father Stretch My Hands Pt. 1 - Kanye West parle-t-il de Kim Kardashian?

2 Si c’est le cas quelle a été sa réaction en écoutant le couplet « Now, if i fuck this model / And she just bleached her asshole / and i get bleach on my T-shirt / I’ma feel like an asshole / I was high when I met her / We was down in Tribeca » ?

3 Dans Father Stretch My Hands Pt. 2, la femme dont parle Kanye West dans le premier couplet est-elle la même que dans la Pt.1 ? « Up in the morning’, miss you bad / Sorry I ain’t call you back, same problem my father had »

4 Dans Famous, Rihanna répond-elle à Kanye West? Pourquoi est-ce Nina Simone qui prend la parole à la fin de la chanson?

5 Dans Feedback, il est encore question d’un homme endormi, « Wake up, nigga, wake up » The Life of Pablo est-il un rêve?

6 Dans Low Lights, Kelly Price parle-t-elle de Pablo ou du seigneur?

7 Dans Highlights, que signifie : « Life is a marathon / I’ma shift the paradigm / I’ma turn up every time »

8 Dans Freestyle 4, sommes-nous dans un cauchemar, un trip, ou dans une révélation?

9 Dans I love Kanye, Kanye fait-il une référence à Stan de Eminem en utilisant la figure du fan?

10 Dans Waves, Kanye semble de plus en plus enfermé, de moins en moins libre « Sun don’t saine in the shade / Bird can’t fly in a cage » Pourquoi?

11 Dans FML la mélancolie qui se dégage du morceau marque-t-elle un tournant dans l’album?

12 Dans Real friends, Kanye West parle-t-il du revers de la médaille du succès?

13 Dans Wolves, qui sont les loups, pourquoi parle-t-on de Marie et de Joseph?

14 Dans Silver Surfer Intermission, de quoi est-il question dans la conversation téléphonique entre Max B et French Montana?

15 Dans 30 Hours, lorsque que Kanye décroche son téléphone, est-ce volontaire ou est-ce une erreur laissé comme tel dans l’enregistrement?

16 Dans No More Parties in LA, « Instagram is the best way to promote some pussy »

17 Dans Facts, mais qui est Timbuck 2 ???

18 Dans Fade, peut-on encore parler de Rap? Ne peut-on pas parler plutôt de House/Rap?

19 Dans Saint Pablo, peut-on parler d’un condensé de l’album dans les thématiques abordées?

Question Bonus - Kanye West est-il un dieu, un fou ou un esclavagiste?

L'insoutenable légèreté de l'être

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26/06/18 –

Alors là... C'est étonnant... je me dis que je dois écouter le quatrième album de cette chronique et pourtant je n'en ai pas envie. D'habitude c'est l'inverse - je me traîne à mon bureau pour me forcer à cracher quelques lignes, et le remord me pousse à me plonger dans la musique, pour affirmer ma démarche : j'écoute l'album, encore et encore et encore et encore et encore et encore et encore et encore et encore et encore et encore et encore et Et je remets l'album, je le dissèque, dans ses moindres détails, j'isole chacune des chansons et je les écoutes, le plus attentivement possible, afin de me libérer de cette contrariété d'écrire.

08/07/18 –

J'ai " reçu"cet album le 23 juin. Nous sommes le 8 juillet. Je n'ai plus rien à dire. Cet exercice de chronique m'ennuie. De plus en plus. Je ne sais plus si j'ai déjà dit que j'écris en écoutant l'album. Je m'assois dans un fauteuil ou dans mon lit et j'écris sur mon téléphone, le casque branché et l'album tourne jusqu'à ce que je sois las d'écrire. Ce que j'écris est donc   inconsciemment lié à la musique sur laquelle  je suis censé me pencher. Je ne parlerais pas beaucoup de musique... pas si je continue comme ça... Il y a des guitares au fond... ou peut être un banjo ? – Invitation – Il y a des voix. De femme. Ça m'a surpris de recevoir cet album. Je réalise actuellement que la voix de cette femme s'inscrit non pas dans de la pop mais de la house... Oui. Il s'agit d'un subtil mélange entre de la pop et de la house. Je viens de me plonger dans la chanson. En fermant les yeux. je crois que je vais relancer la chanson pour me concentrer sur ce que dit cette femme. Oui Je ne comprend rien à l'anglais. Enfin Je veux dire (Deuxième chanson) Voilà. Ça recommence. Ligne de basses...

« Tentation » – *Je regarde par la fenêtre la lumière sur la route. Je fais toujours cela quand le jour soudain je remarque cet étrange sentiment comme plusieurs atmosphères je ne sais pas que se passe il y a cette chanson bizarre sur la peu et je sens les réactions de mon corps invitation invitation évocation les fenêtres sont.. fait mon corps elle est couverte par ? Je ne peux pas comprendre *

Je n'arrive pas à traduire plus

*Oh je ne peux pas Pourquoi tu m'as choisis ? je vois Tu m'as eu Oh tu m'as eu Je suis charmée* – Pas plus. J'ai remis la chanson quatre fois pour essayer de traduire. Je vais me coucher. La suite demain.

08/08/18 - Décidément cet album brouille les pistes. Je dois être honnête, la première écoute m'a laissé indifférent. Ce soir je me force à m'asseoir, écrire, et écouter. Sobre. En bon écolier. – J'ai assimilé cet album à de la pop lors de mes premières écoutes. Je n'aime pas la pop. Je ne sais pas si c'est par volonté de me démarquer de la masse que je n'aime pas la pop ou si à force d'écouter du « bruit » mes oreilles ne supportent plus la soupe.

Une chose – Cet album n'est pas de la pop. En fait. Pas du tout. – Je pense que ce sont les claviers et la basse qui m'ont induit en erreur. Enfin. Je ne sais pas si c'est véritablement utile de disserter sur le genre de cet album ? Probablement que non. L'album doit-être probablement assez récent... Et pourtant j'ai un doute. J'ai parfois l'impression d'entendre un mélange de deux époques. – Je décourage à l'idée de devoir me précipiter et publier cette chronique rapidement. Peut-être que je vais attendre la rentrée. Début septembre. La procrastination... – J'écoute dans le désordre ce soir. Quand j'écoute « Your touch » je pense pouvoir l'affirmer – cet album est récent. Mais quand j'écoute « Heart over head » j'ai le sentiment de repartir dans les années 80... –

09/08/18

J'aime le mélange des genres qui se dégage de cet album. J'ai parfois l'impression de faire face à du Zappa. Bon. Je n'ai plus rien à dire. Je tourne en rond. Pourtant il y a des choses à dire... – Je vais laisser les vagues de Joanna m'emporter au fond de l'eau.

Cahier d'un retour au pays natal

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24/05 - Dans la pluie moite et noir d'un mois de Mai, boursouflée par les pots d'échappements d'une ville morne et fade, Dans la pluie moite et noir qui fracasse les vitres du plafond, quelques figures à l'abri regardent la nature hurler, Elles ne sont calmes qu'en surface, on sent l'électricité parcourir leur corps faibles et lâches, Et les étrons de ces deux femelles hurlent et braillent, elles s'agitent en dépensant une énergie formidable, courant et hurlant derrière la progéniture, Et la pluie moite et noir continue de couler, le long des murs grossiers, froids et austères.

27/05 - Un album de Jazz... Le jazz est un Iceberg Ou un savon. Plus j'en écoute, moins je le comprend; il est insaisissable. Trop de noms, de styles, d'histoire. Dave Baley Quintett... Du Jazz accessible, pas révolutionnaire, traditionnel je dirais ?

1 - Comin Home Baby Ce titre me rend fou. Je le connais. J'ai déjà entendu cette mélodie. Mais je ne sais plus l'album. Ni l'interprète. Probablement un classique. Me voilà bien avancé.

05/06 - Me plier à cet exercice de chronique quotidienne me demande toute une organisation : la prise jack de mon ordinateur est cassée, ce qui m'oblige à utiliser mon téléphone. Et en guise d'écouteurs, j'ai un casque Beyer dynamique home studio de 250 hom, avec un câble de 3m. Je me ballade donc avec mon énorme casque sur les oreilles et le téléphone au fond de mon sac à dos. Écouter la musique en marchant, se couper du monde extérieur, est une expérience jouissive. Surtout le jazz. Surtout à Paris. Surtout quand il pleut. Le souffle des cuivres se marie avec élégance avec le son des talons aiguilles.

13/06 - J'ai écouté l'album plusieurs fois par jour. Il n'y a que cinq titres. je suis désormais capable de chanter chacune des chansons de tête Et pourtant je ne vois pas ce que je peux bien dire dessus.

16/06 - Le Jazz, racines de la musique populaire, se mélangent à celles du blues. C’est une anguille que j’attrape difficilement, on a vite fait de tomber de sa barque et de se noyer dans l’océan. Le Jazz chante sa complainte depuis les champs de cotons, traverse le souffle de ses interprètes et nous parvient aujourd’hui déformé, domestiqué, docile. On entend Coltrane, Getz ou Baker dans les ascenseurs, dans les restaurants. On écoute du Jazz dans la salle d’attente de chez le dentiste, ou dans des soirées mondaines. Je me souviens d’un soir à Berlin, dans un squatt, on jouait du Jazz avec la vitalité et l’énergie des anciens. Je me souviens de ce vieil homme, rabougri, appuyé sur sa canne, battre la mesure, il se lève, des jeunes l’aident à se mettre sur pieds et il sort lentement de son étui une petite trompette. Il improvise et l’assistance fait silence. Puis, un jeune homme, une crête sur le crâne, se détache du public, et s’empare de la batterie. Punk et Jazz mêlé, deux mouvement radicaux, opposés, le petit frère et l’aîné trouvent un terrain d’entente, et dansent une valse passionnée. Le Jazz est un formidable terrain de jeu, un endroit où tout est possible, il a tous les visages, c’est un véritable caméléon, c’est peut être pour cela qu’il est si difficile à saisir. Plus j’en écoute et plus il est exigeant, il brouille les préjugés et les frontières, il est impossible à résumer, dire de lui qu’il est ceci ou cela serait le caricaturer vulgairement.

18/06 - Ce brouillon devient monotone. Qui s'intéresse encore à la P..... aujourd'hui? Je vais peut-être revoir cette page blanche, domestiquer ma langue, écrire en me renseignant sur les artistes que l'on me donne. Je ne sais pas. J'aime l'idée de pouvoir écrire ce que je veux, librement et sans contrainte. Plus d'un mois pour écrire quelques lignes... J'espère que le propriétaire de cette page internet n'éspère pas en tirer quelques profits. Cet album m'a fait revenir à la poésie, à la langue, à l'abstrait, aux mots. Cet exercice de chronique est chronophage et insensé, presque une performance : Qui écoute encore aujourd'hui des albums dans l'ordre, et ce plusieurs fois par jours, et ce autant de temps ? J'aime l'idée d'épouser un artiste sans savoir qui il est, de l'inscrire en moi, puis de passer à un autre. Les mots restent. Le reste...

Voyage au bout de la nuit

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C'est étonnant la techno. Il n'y a plus de place à l'organique. Tout est analogique. Si la musique dresse des paysages mentaux pour celui qui s'y plonge, la techno est pour moi un monde étouffant, une ville post-punk, régie par des formes, des lignes et des figures, géométrie / symétrie / mathématiques Un espace mental froid, de la pluie fine, du gris, du gris, du gris. J'associe la techno à l'acide, à la condensation qui tombe goutte après goutte des plafonds dans les hangars à la lisière des villes. Boutons / machines / Robot / Des figures transfigurées par une pulsion de mort commune. On se réunit devant le DJ comme les fidèles qui s'alignent devant le prêtre pour recevoir le pain et le vin. Il n'y a plus de musique. Il n'y a que le rythme, le beat, le kick.

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La musique se domestique difficilement. C'est en tout cas ce que pensent les pionniers de tout nouveau genre émergeant. Avant d'être compressée et réduite en bouillie dans les enceintes d'un hyper marché la musique est vivante. Alors oui, cela ne choque plus personne d'écouter du Jazz au restaurant, ou du hard rock dans une voiture – contrairement au théâtre ou au cinéma où on ne peut pas mettre en pause, il est désormais facile de baisser le son ou de changer de morceau, (les albums sont voués à disparaître) – mais la techno elle, a encore du mal à se faire accepter dans le domaine public. Elle est encore sauvage la techno, elle est encore vierge de la commercialisation de masse la techno, elle demande un effort pour son auditeur, on ne peut pas pas encore se placer comme une bête consommatrice face à elle. Les LP et EP ne sont écoutés que par les connaisseurs. Les connaisseurs font l'effort du déplacement. Les connaisseurs font l'expérience des basses assourdissantes, qui résonnent avec le cœur qui bat et le sang qui cogne contre les tempes. Les connaisseurs savent que la techno est plus que de la musique, c'est de la vibration et du vrombissement. Pour les autres, la techno est du bruit. Je me demande comment la techno sera métamorphosée en bouillie jusqu'à créer l'indifférence totale auprès des gens. C'est une véritable énigme, parce que dans la techno il n'y a pas de mélodie, pas de refrain. Difficile de la domestiquer. C'est peut-être là la clef pour que la musique préserve son étendard et ne se fasse pas définitivement écrasée par le Show-business. Il faut lutter contre les mains obèses qui remplissent les abreuvoirs d'un avoine infect et réclamer autre chose : La techno permet justement de se souvenir que la musique est un art, que l'art est directement relié à l'âme, au bide, aux tripes.

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Prime Minister of doom semble dresser l'histoire d'un genre musicale dans cet album. On retrouve dans les percussions l'origine de la techno, l'origine même de la musique. L'album, au fur et à mesure qu'il avance délaisse la violence et la noirceur de la techno et propose des éclaircies, le paroxysme étant Deep in your heart et Truth inside (Skit) : On est proche de la House et de l'Acid House. Il y a des références multiples, et c'est pour cette raison que j'y vois un hommage à la musique électronique dans son ensemble. Mudshadow Propaganda est un album à écouter d'une traite, en témoigne les deux titres "Tribal days part II" et "Tribal days part III". Cet album est entier, et Prime Minister of doom nous offre un voyage qui part d'un tunnel sombre et froid pour s'achever dans une clairière, un voyage dans la nuit.

Lettre à un jeune poète

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Gros plan sur de la matière noire Musique étouffée La caméra recule lentement, la matière, on fini par le voir, bouge, des rainures apparaissent sur la matière, on devine alors, pendant le dé-zoom de la caméra, qu'il s'agit d'un vinyle, la musique s'éclaircit, sur la petite table en bois quelconque repose le morceau de shit. Shit immonde, coupé à la merde, que l'on achète pour sombrer au-delà du fond, Ce petit morceau sombre, qui s'étiole sous les doigts, appartient à la mère, et non au fils. la musique est plus claire « j'ai rêvé que tu meurs, laisse moi sentir ton corps juste une minute, j'ai déjà rêvé qu'on sexe sur la playa laisse moi sentir ton coeur juste une minute »

Fin du premier tableau

« Parking, nuit, heure bâtarde, J'fume un blunt, je suis une victime de l'industrie du sucre Mais j'nai… pas de remord, pas de remord… » Le frère chasse. Phare explosé encore fumant la batte de base balle est dégoulinante de sang et dans la petite voiture familiale gisent le papa, la maman, et dans le sac de sport, la petite biche encore fraiche.

Fin du second tableau

« J'roule un autre oinj » Les doigts en suspensions au dessus du clavier et la tête se dodelinant sur la musique La sœur sur un scooter elle hurle cri rebondissant sur les fenêtres des maisons qui restent sourdes Je m'arrête en l'écoutant passer pour elle, pour la sœur, je n'ai que du love Mais les loups sont vifs

Fin du troisième tableau

Applications de rencontres sur le smartphone celui de la cadette Chewing-gum, cyprine, selfie ET JE M'EN BATS LES OVAIRES Beat, beat, beat, beat, beat, beat FADE OUT

Sous la mer Le monstre est encore petit Il tète encore sa mère mais il sera bientôt Godzilla

Les voisins s'agitent, je baisse le son,

Godzilla Fumer toute cette ganga devient machinale, tristesse dans la véracité du texte Blasé Godzilla, avec le a qui tombe un peu las, en o dans la bouche je remets le refrain pour entendre cette façon de manger le L

Pétard à la fenêtre, le shit dégueulasse en question, mélancolie,

Ça y est. Celle là c'est la pute de l'album. J'ai le choix entre continuer à écrire et réécouter Godzillo Godzillooo Tête nue dans la décapotable fumer toute cette ganga devient machinale Si cette page blanche peut-être un endroit où, je peux rouler à trente km/heure ou plutôt, être le passager debout à l'avant, d'une décapotable noire comme le jais, alors je signe. La suite plus tard. Je vais me coucher.

J'ai tout vomis dans les chiottes, le shit ressemble à une crotte quand il flotte dans l'eau.

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26/04/18 – 18H16

Complètement défoncé au shit pendant trois jours J'ai eu le temps de redescendre de plonger dans l'album De m'imprégner du texte et le doute s'installe Je ne sais pas écrire sur la musique, décrire la musique, comme dans les magazines, et je m'en bats la race d'ailleurs, je ne suis pas là pour endosser un costume de bouffon puant la sueur de ceux qui l'ont déjà portés, et me vendre comme une hoe. Je suis un putain de P… Je me donne comme règle de ne jamais me renseigner sur l'artiste de recevoir toutes les deux semaines un album, de l'écouter sans jugement, neutre, et d'écrire autour. NEUTRE NEUTRE NEUTRE NEUTRE Assumer pleinement mon échec face à l'exercice critique La critique finira au bout d'une corde de chanvre … On fait des P… des vaches à lait

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03/05/18 – 22H26

Demain, ce sera la fin. Je devrais peut-être revenir un peu sur le deal que nous avons passés

« Oh mec ! »

« J'aurais un truc à te proposer mais en vrai je devrais te payer pour ça. »

« Toutes les semaines tu me sélectionnes un album »

« et moi je t'écris un truc »

« À partir de ça »

Ce soir là, un Djin transmettait son message à travers la brume brune du haschich en me poussant à lui écrire, et lui, à ma grande surprise a répondu présent à l'appel. Et les rôles se sont inversés. il m'a livré sa marchandise en me demandant de choisir une couleur. J'ai répondu :

« Noir »

Il m'a répondu

« Bonne réponse »

Et voilà que débarque

HAMZA – 1994

C'est ma première chronique. Devant l'ampleur de la chose j'ai réalisé que j'allais me faire engloutir par l'usure en prenant un rythme aussi soutenu. Une semaine. Pas suffisant pour écrire sur un album. Deux semaines. Une semaine pour écouter, la seconde pour écrire, et puis peut-être que cela se mélangera. Les deux semaines se finiront demain soir. J'ai longuement hésité. J'hésite encore. Sur la forme que va prendre cette petite forme. Je ne veux pas m'enfermer dans une cage. Je veux pouvoir parler de musique librement, sans rejoindre l'écriture formatée de nombreux bloggers, se sentant obligés de s'appuyer sur du concret,

« Hamza nous vient tout droit d'une petite écurie franco-suisse, Bellagio, et si le label nous avait habitué à un style de Trap assez aiguisée, il nous surprend avec cette mixtape Cloud Rap (sortie en 2018 après l'excellent EP de Freaky paru deux ans plus tôt - c'était l'époque où il faisait encore partie des Mucho sauce) »

Voilà le ton que je veux éviter. Je veux faire de cette page blanche un jardin. Retourner au temple de l'enfance. Dans un jardin sans murs, ni barbelés. Un lieu fécond où le bruit sourd de la violence s'évapore dans le rire d'un enfant. Un lieu où la gangrène du monde – où la cruauté de la nature n'est qu'un murmure porté par le vent. Un lieu sans jugement – ni haine – ni mort – où tout est innocence joyeuse. Je ne veux pas écrire de chronique. Je veux peindre des sensations. Des émotions

Il y a un match ce soir, le voisin hurle le but, je l'entends malgré le casque, malgré Jodeci Mob à fond dans le casque.

« J'me sens comme Tupac chien »

Hamza, Fantasio du Gangsta Rap. Je dis Gangsta Rap… Je ne sais pas bien, je ne suis définitivement pas à l'aise avec les catégories. On parle de Shit, on parle de Business, on parle de Gow… Et Hamza souffre encore de l'image que véhicule le rap auprès de mes proches et de mes amis. Ils ne voient en lui qu'un connard misogyne et font la grimace, semblent torturés par le voicoder. Alors que putain… Ce rap, là, que je ne connais pas encore bien, je l'attendais. Le cloud. La rencontre de la pop et du rap. Le rap a épousé tous les genres et remplace aujourd'hui les Beatles et les Rollings Stones dans l'inconscient collectif de la génération en fleurs. Miles Davis l'a compris dans les premiers. Le rap ne se prostitue pas “Shku Shku shku shku shku Double ice cream pour détendre ces bitches”

Hamza - Life : Le titre que j'ai le plus écouté de l'album. Que ce soit la prod ou le texte, cette chanson a quelque chose qui donne envie de la mettre en boucle. C'est la grande mélancolie qui se dégage du morceau qui me touche. Ce que j'aime dans le rap, c'est l'ambiguïté très forte qu'il y a entre l'interprète et le personnage qui s'exprime dans les textes. On a d'ailleurs souvent tendance à associer directement l'interprète au personnage, une dissociation semble presque impossible. C'est peut être une des raisons pour laquelle le rap à si mauvaise presse auprès de la classe bourgeoise. On accuse directement les poètes, leurs propos, les propos tenus dans les chansons sont critiqués frontalement, il n'y a pas de distanciation. Les textes et les auteurs sont traînés en procès, exactement comme Madame Bovary et Flaubert se sont retrouvés en procès. Je retrouve dans le personnage d'Hamza toutes les thématiques du Gangsta Rap. Mais c'est Life qui ouvre l'album, et il y a dans cette chanson, quand on tend l'oreille, un avertissement de la part du rappeur, il assumera sa sensibilité. Je sais que ces rageux voudraient que j'ai rien mais j'ai tout. J'entend un souffle à la fin de cette phrase. J'entend : Je sais que ces rageux voudraient que j'ai rien mais j'étouffe... sur-interpretation sans doute mais malgré tout d'autres phrases me font dire que Hamza ne brosse pas un tableau noir ou blanc :

"J'm'isole avec toute sorte de drogue quand j'ai besoin de fly / J'voudrais plus de temps pour savoir ce qui m'intoxique / Que la mif / Qui tiendra ma main le jour où je tomberais dans le vide /On me disait que je serais jamais jamais jamais riche / hors de moi je suis souvent prêt à faire le pire / J'faisais partie de son coeur avant qu'elle me dise bye-bye" On entend la routine, j'entends un personnage las du masque qu'il a l'obligation de porter. Hamza est un dealer, il a tout, et il n'a rien, c'est un désabusé, c'est ce qui m'a touché dans cet album, dans ce que peint ce poète à travers son personnage Hamza. J'ai le sentiment, en écoutant certains rappeurs actuels, qu'il y a une volonté de sortir des clichés dans lequel le rap peut parfois s'enfermer, et ce que je trouve particulièrement réussi chez Hamza c'est la façon habile qu'il a de s'approprier les codes du Gangsta Rap et de les détourner.

Il est 21h14, je pensais passer ma soirée à la laverie. Mais je préfère rentrer pour écrire. Si je m'écoutais j'écrirais sur chacune des chansons, je parlerais du voyage que m'a fait faire Hamza, j'analyserais les paroles, les punchlines, les prods... Mais je ne suis pas un spécialiste. Et surtout je ne veux pas que cette page blanche se transforme en contrainte. Je ne veux pas me justifier comme un universitaire, qui suit rigoureusement une méthode. Je ne veux pas m'exercer à la critique. La critique prend trop souvent un ton froid et austère dû à son objectivité qui lui est imposée. L'éducation nationale tue l'art en le soumettant et en le réduisant à un objet qui doit être analysé et étudié. Ainsi les chefs d'oeuvres de la littérature sont détruits par les professeurs qui doivent eux aussi se soumettre à l'exercice critique. Les chefs d'oeuvres se transforment en fiches de lectures, en questionnaires, en rédactions, en analyse de textes... On empêche l'élève de se faire pénétrer par des sensations, des émotions, on lui impose un schéma de pensée alors que l'art embellit la vie, en la décalant et en la transformant, l'art est la seule chose que les animaux n'ont pas. Les animaux souffrent, pensent, rêvent, comme l'homme, ils utilisent des outils, communiquent, se reproduisent, comme l'homme, ils construisent des habitations, bref, ils font tout ce que fait l'homme qui est lui aussi un animal. Mais l'animal n'a pas d'activité artistique. L'art est un cadeau fait à l'homme. L'art est l'expression de l'humanité la plus belle, la plus pure, et probablement la raison de notre venue sur notre planète, mais plutôt que de nous laisser nu face à elles, on les catalogue, on les dissèque, on les observe comme un mauvais scientifique.

(Je tiens à dire que ce dans quoi je me lance c'est une immersion totale. Je n'ai pas ITunes sur mon ordinateur, et je n'ai pas spotify ou quoi. La seule musique que j'ai écouté pendant deux semaines, c'est Hamza - 1994. Et c'est complètement ouf, j'ai l'impression de connaître l'album sur le bout des doigts ainsi que l'artiste alors qu'il y a une semaine encore c'était un inconnu. Et je ne sais même pas qui c'est bordel, la seule photo que je connaisse de lui c'est celle de l'album, je devine son âge au vu du titre de l'album mais c'est tout ce que j'ai de lui.)

EDIT du 21/05 - J'avais commencé à écrire un petit texte pour chacune des chansons de l'album mais j'ai la manie d'écrire sur mon téléphone et mon téléphone s'est éteint avant de pouvoir enregistré quoi que ce soit.

Il est temps de mettre un point final à cette première chronique. Je ne suis pas satisfait du résultat. Je me demande qui lira ses lignes, et si le lecteur y trouvera un intérêt. Lire un anonyme digressant sur un album... L'album est un prétexte. Un prétexte pour écrire. Qui s'intéressera à mes tribulations?